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Hotel d'Esterno d'après N Clement-Janin Les vieilles maisons de Dijon (1890)
Voici sous la plume acérée de Clement-Janin une évocation de l'hotel d'Esterno et des intrigues étant liées à l'hôtel de Molesme...
L'hôtel d'Esterno, situé rue Monge, 1 et 3, fait l'angle de cette rue avec la rue Brulart. Dans ses sous-sols existent encore quelques portes gothiques, seuls restes de l'hôtel de Jean de Molesme, situé, disent les anciens titres, dans la rue Saint Jean et dont dépendaient, comme encore à l'heure présente, de vastes jardins ayant une issue sur le cours de Suzon. Messire Jean de Molesme était un parfait imbécile, bien qu'il fût secrétaire de Philippe le Bon. Il avait une femme, dépassant à peine la vingtième année, "brune, appétissante, bien houssée" et ce chevalier de l'écritoire la laissait sous l'orme à Dijon, tandis qu'il courait les aventures avec le puissant duc. Vous devinez sans peine ce qui arriva. Une brise de printemps jeta le capuce de Mme de Molesmes par-dessus les moulins et la pauvrette ne put jamais le rattraper. L'heureux mortel qui aida la brise en cette occurence était un jeune et riche marchand appelé Jean Mercier, mais connu sous le nom familier de Jean Douhet. Des voisins curieux avaient vu, pendant les nuits tièdes, des couples mystérieux errer sous les épais ombrages des jardins de l'hôtel. Ce secret, on le garda si bien que, quelques jours après , - Claire Berbisey, - de la riche et puissante famille de ce nom, - était " dans la langue du monde." Jamais un malheur n'arrive seul. A deux pas de l'hôtel de Molesme, rue Cazotte, n°14 et 16, éxistaient des étuves tenues par une certaine Jeannotte Saignant, " belle parlière et périlleuse languarde "qui excellait dans l'art d'exciter à la débauche. Chez elle ce n'étaient que ripailles et festins. Aussitôt qu'elle avait quelque jeune femme dans sa nasse, Jeannotte courait à Saint Bénigne avertir les gentilshommes qui y étaient logés, lesquels arrivaient avec "pastés à la sauce chaude, coquasses de viande, vins, ypocras" , et l'orgie commençait. Claire de Molesme s'y laissa prendre et bientôt Jean Douhet fut remercié. Souvent femme varie, disait le roi François 1er ; il faut avouer que Claire abusait de la permission de varier. Une girouette n'eût pas tourné plus souvent ! Son cavalier servant en 1464 était un certain Claude Boigne, se disant gentilhomme, mais en réalité "povre, souffreteux, excommunié plus qu'un chien et grand déceveur de femmes" . Claire s'en était enamourée et commetait maintes imprudences pour le voir. Parmi ces imprudences, vient en première ligne sa brouille avec la Saignant. - Ah ! Claire, lui avait dit celle-ci, s'il pleut sur moi, il dégouttera sur vous ! La Saignant, soufflant la jalousie au coeur de Jean Douhet, un complot fut ourdi pour perdre Claire de Molesme. Il s'agissait de surprendre, pendant la nuit, Claude de Boigne, dans l'hôtel de sa dame. Douhet s'adjoignit bientôt un complice Chrétiennot Yvon, cousin de Claire, que Claude de Boigne, ignorant cette parenté, avait pris pour confident de ses amours. Il lui avait dit un jour, ce bavard de Claude, " qu'il n'avait garde de se noyer, parce qu'il avait femme à DIjjon qui lui soutenoit bien le menton, laquelle estoit de lui amoureuse et en faisait à sa volonté. C'est, avait-il ajouté, dans un des bons hôtels de la ville, où il y a la charge d'un âne en voisselle d'argent. J'y suis festoyé comme un grand seigneur. Il y a surtout une damoiselle d'argent qui jette l'eau par la mamelle, dont je suis servi pour laver mes mains après disner et soupper ." Et Claude de Boigne avait fini par nommer Mme de Molesme. Jean Douhet et Chrétiennot Yvon résolurent donc de pincer l'amoureux. Ils avaient, pour celà , fait parler Jean le Binchois, hôtelier de l'Aigle d'or, rue Guillaume, où Claude logeait habituellemnt. Le 30 mai 1464 - dit J Garnier, à qui j'emprunte les faits de cette curieuse affaire, - Mme de Molesme, "après s'être ebatue la soirée avec sa soeur, ses enfants et ses moignées (chambrières) , venait de se coucher paisiblement, quand , entre onze heures et minuit, elle fut moult esbaye et se donna grands merveilles d'entendre heurter à la porte de l'escalier qui, de la cour intérieure de la maison, conduisait à sa chambre. Elle appela la chambrière, qui reposait auprès d'elle et, sautant au bas du lit, elle courut "en sa chemise" à la verrière, à trravers de laquelle elle vit un homme qui, grimpé à la hauteur de la fenêtre regardait dans la chambre et parlait bas à un autre individu caché dans l'ombre. Elle et ses chambrières crièrent : au meutre ! alarme ! aux voleurs ! tant et si bien que les voisins accouruirent à la rescousse, mais les assaillants avaient décampé ." L'affaire eut un grand retentissement. Claire de Molesme dénonça Chrétiennot Yvon et Jean Mercier, dit Douhet, et requit que, par justice, réparation de son honneur lui fût faite comme il appartenait. Tous les Berbisey ainsi que Jacques Bonne , antique mayeur, et Guillaume Chambellan, parnets de Claire, se remuèrent et travestirent la vengeance de Douhet en tentative d'assassinat. Jean de Molesme laissa un instant l'écritoire ducal et quitta les Flandres pour venger l'injure faite à sa maison. On arrêta Chrétiennot Yvon ainsi que Jeaaan Douhet ; Jeannotte Saignant ne tarda pas à connaîte la "paille humide des cachots". Seulement, les deux complices sortirent sains et saufs de la bagarre , après quelques mois de prison, tandis que la Saignant, condamnée le 21 août 1465, fut huit jours après traînée sur une claie, au bord de l'Ouche, liée dans un sac, et jetée à l'eau " oû elle resta jusqu'à ce que son âme fut séparée de son corps." Quant à Chrétiennot Yvon, l'épicier, il habitait en 1464 la première maison de la rue Saint Nicolas, en entrant dans la ville ; nous le retrouvons, en 1477, passant devant l'hôtel de sa cousine pour alleer sur la place du Morimont, oû maître Jehan du Poix lui fit sauter la tête d'un coup d'épée. Il avait assassiné Jean Joard, Premier Président du Parlement, lors de la sédition du 26 juin 1477. Vers le milieu du XVII ème siècle, l'hôtel de Molesme appartenait à Jean Bouchu, président à mortier au parlement de Bourgogne. C'était un de ces rageurs dont la race n'est pas entièrement éteinte. Jaloux de tout, grognant pour tout, emporté, on aurait pu le nommer Jean le bourru. Quand il voulut faire reconstruire son vieil hôtel, en 1641, la ville en profita pour se réserver une communication entre le cimetière Saint Jean et la rue Berbisey. De là l'ouverture de la rue Brulart. Si je m'en rapporte au Docteur Vallot, à Joseph Bard et à d'autres, Bouchu aurait demandé les plans de son hôtel au célèbre Pierre le Muet, l'architecte du Val de Grâce, de l'église des Petits Pères, à Paris, et des chateaux de Luynes, de l'Aigle et de Beauvillers. Quoi qu'il en soit, l'hôtel est remarquable à plus d'un titre et l'on ne s'explique guère que l'abbé Chenevet et Courtépée ne l'aient point cité. Il est vrai qu'ils ont bien oublié l'hôtel de Voguë, cette merveille ! Sur le louvre du apvillon nord on lit :* Ce 2 septembre 1643 la dernière pierre a esté posée Un an plus tard, le 1er août 1644, Jean Bouchu était nommé Premier Président au Parlement de Bourgogne et pouvait ouvrir les magnifiques salons de son hôtel à la foule des complaisants et des flatteurs. Il devait une belle chandelle aiu prince de Condéé ; aussi, lui resta-t-il dévoué pendant les troubles de la Fronde. Il fut le chef de Albions ou Principions, tandis que l'avocat général Millotet était celui des Frondeurs, partisans du Roi. Notre rageur de Bouchu n'eût pas regretté une petite bataille entre dijonnais. Il essaya toutes les provocations du monde pour y arriver : se faisant garder à tour de rôle par les capitaines, lieutenants et enseignes des paroisses rrévoquées par le duc de Vendôme, s'emparant des armes de la ville, distinguant ses partisans par des rubans rouges et isabelle et laissant sa fille aller par els rues avec des violons, toute couverte de rubans isabelle qu'elle distribuait aux affidés en chantant : je suis isabelle. " Elle dansa même avec le trésorier Moreau et quelques autres qui étaient en caleçon, dans le tripot des Barres." Les choses en vinrent au point que Bouchu fit dépaver sa cour et porter les pavé sur la terrasse qui borde les rues Monge et Brulart, afin de pouvoir au besoin soutenir un siège. Il emplit en même temps ses caves et ses greniers de ces étranges projectiles. Heureusement el peuple fut sage ; les pavés de la terrasse ne churent sur al tête de personne et un beau jour, le 29 septembre 1653, une attaque de cholera-morbus emporta le président Bouchu à tous les diables. Un conseiller au Parlement , Richard de Montaugé, fit faire d'importantes réparations à l'hôtel Bouchu, lors de son mariage avec Mlle de Migieu, en 1782. Les boiseries Louis XVI qu'on y voit encore datent de cette époque, ainsi que les petits et lourds bonshommes de la terrasse. Il embellissait et défigurait en même temps, l'honorable Conseiller. La banque de Dijon, fondée en 1836 par M d'Esterno, dans son hôtel, est le dernier fait remarquable qui s'y soit passé.
Le Mercredi 02 Avril 2008Poster un commentaire
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