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18 Mai 2012, St Eric
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Portrait de Mirabeau

L'Hôtel Richard de Ruffey  (cf  Fyot)



Le  bel hôtel situé au n° 33 a son histoire encore inédite dans son ensemble. Construit par Philippe de Hochberg, marquis qui avait si bien servi la fortune de Louis XI, l'hôtel passa dans la suite à Georges de Sauvert, président à mortier au Parlement de Bourgogne en 1614, puis échoua, au XVII ème siècle, dans la famille des Ruffey.
Gilles-Germain Richard de Ruffey en fit construire la façade par l'architecte Caristie en 1752, après quatre années de démarches laborieuses à la Chambre de la Ville.
Cette façade est fort belle avec ses deux ailes formant cour d'honneur, et ses grandes ouvertures cintrées.
La partie médiane est couronnée d'un fronton triangulaire sur lequel se voyaient les armes de Ruffey, d'azur au chef cousu de gueules, chargé de 3 besats d'or. La Révolution les a fait disparaitre, mais il reste deux grands aigles en support et la couronne de marquis en timbre. De chaque côté, des rinceaux de feuillage garnissent le champ du fronton.
Né à Dijon le 17 octobre 1706, Gilles Germain Richard de Ruffey, avait fait ses études à Paris au collège Louis le Grand, comme Voltaire élève du P. Porée. En 1735, à l'age de vingt-neuf ans, il avait remplacé son père à la chambre des Comptes.
De son mariage avec Anne-Claude de la Forest, il avait eu trois fils : François-Henri, président de la Chambre de la Tournelle  au parlement et Charles qui prit le nom de Vesvrotte et qui parvint à son tour à une présidence à la Chambre des Comptes. Il lui restait trois files : Marie-Thérèse, mariée à M. de Siffredy et mère de nombreux enfants, Marie-Victoire, chanoinesse de Salles en Beaujolais, et enfin Marie-Thérèse-Sophie, née à Dijon le 9 janvier 1754 et qui devait rester tristement célèbre sous le nom de Sophie Monnier.
Le Président Richard de Ruffey est une figure caractéristique de la société polie et lettrée de notre vieux Dijon.
Dans son hôtel, il avait fait construire une vaste galerie pour y placeer sa belle bibliothèque, son riche médaillier et sa collection d'histoire naturelle. En 1752, il se mit à réunir quelques amis pour disserter sur les sujets les plus divers et nous a laissé l'histoire de ces réunions littéraires, délassement d'esprits distingués et d'hommes de goût.
Puis, Richard de Ruffey présida l'Académie et entreprit de la réformer. Nous ne le suivrons pas dans ses déboires ; il les a contésavec aigreur. Mais cela se passait hors de son hôtel, et quand il rentrait chez lui, c'était pour y trouver d'autres soucis que son caractère irritable et son humeur incommode étaient peu propres à dissiper.
On s'est beaucoup étonné de la voir marier sa fille Sophie si jeune, elle avait dix-sept ans, à un vieillard de 70 ans comme le marquis de Monnier, premier président honoraire de la cour des Comptes de Dôle. On a cherché à l'expliquer par la grande fortune de M de Monnier, par son titre de marquis ; M de Ruffey semble avoir été assez imprévoyant dans la gestion de sa fortune : sa fille n'eut qu'une dot de quarante mille livres. Ce mariage surprit et l'on en sait les suites. Mme de Monnier, qui résidait à Pontarlier avec son mari, fut séduite par ce mauvais sujet de Mirabeau. Qu'on juge du desarroi des familiers de l'hôtel de Ruffey quand Sophie revint, le 25 février 1776, sous l'escorte des domestiques de son mari qui la faisait garder comme une prisonnière. Si l'on en juge par ce qu'elle écrivit plus tard, ses frères la plaisantèrent, mais ses parents et surtout sa soeur la chanoinesse, à la piété acerbe, se montrèrent fort durs. C'était un dimanche ; le mercredi Mirabeau arrivait à Dijon sous le nom de marquis de Lancefoudras et trouvait un logement rue Portelle.
Les deux amants se revirent quelques jours plus tard à la comédie ; avec quelle émotion, leurs lettres le disent, ils échangèrent un regard sans avoir l'air de se reconnaître!
Du lieu de cette rencontre, il ne reste plus que la remise d'un loueur de voitures rue Legouz Gerland.
Une deuxième rencontre faillit mal tourner. C'était au bal du grand prévôt, M de Montherod. A la vue de Mirabeau, Mme de Monnier éprouva une émotion si vive que sa mère s'en aperçut et l'emmena après la première contredanse. Désormais on la surveilla étroitement jusqu'à ce qu'on l'eût renvoyée, le 27 mars, à Pontarlier.
Cependant Mirabeau, après le départ de Sophie, ne pouvait se cacher plus longtemps. Poursuivi par l'animosité des Ruffey, il se constitua prisonnier et fut enfermé au chateau où le commandant, M de Chevrey, devint son ami et lui permit de sortir quand bon lui semblait.
Mais comme, sur la demande de son père, on parlait de transférer le prisonnier à la citadelle de Doulens, il se fit rendre la parole qu'il avait donnée de ne point s'évader et , après une première te,ntative infructueuse, il partit le 25 mai, sous le nom de comte de Beaumont pour la frontière suisse, où il gagna le village de Verrières à deux lieues de Pontarlier.
La distance était courte entre deux amants qui brûlaient de se revoir ; aussi Mme de Monnier, excédée par les rigueurs de son mari, prit-elle bientôt la clé des champs pour gagner Verrières.
Alors commença pour elle une vie d'aventures. Déguisée en homme, elle se rendit avec son amant à neuchâtel, puis en Hollande.
Une sentence rendu le 10 mai 1777, à la requête de son mari, par le tribunal du baillage de Pontarlier, avait ni plus ni moins condamné à mort Mirabeau par contumace et l'avait fait éxéciter en éffigie sur la place de Pontarlier. Quant à Sophie, condamnée à la réclusion, elle fût arrêtée, le 14 mai 1777, à Amsterdam par extradition et enfermée dans une maison de discipline tenue par Mlle Donay, rue charonne à Paris.
Mirabeau purgea sa peine, transformée en détention, au donjon de Vincennes où il écrivit les "Lettres à Sophie".
Puis Sophie se retira à Gien,et, après l'abandon de Mirabeau, courut à d'autres affections. Elle était même fiancée à Mr de Poterat, lorsque celui-ci mourut avant leur mariage, et c'est alors que la malheureuse, lasse de la vie s'asphyxia avec un réchaud à charbon. Elle fut enterrée à Gien, le 9 septembre 1789.
Pour revenir au président de Ruffey, il s'était fait, au cours de sa magistrature et pendant sa carrière littéraire, bien des énnemis. On l'aimait peu, et son fils Frédéric-Henri, qui lui aussi n'avait pas su se créer des sympathies, devait plus tard payer de sa tête toutes ces haines accumulées.
Le père de Sophie s'était érigé en Mécène ; il avait voulu réformer l'Académie naissante !...Le président était, nous le savons, d'humeur peu traitable ; de là des heurts de caractères et des conflits amusants encore à cent cinquante ans de distance. On lui jouait des tours, il se fâchait. On le qualifiait par derrière de grand cheval de bataille. On le persiflait. Guyton de Morveau avait eu une idée cruelle ; c'était de mettre au concours, à l'Académie, un sujet de composition qui pût exciter la verve de Mirabeau. Il s'amusait fort, d'avance, de la scène que l'on devine, lorque Ruffey, président de la docte compagnie, eût du couronner le vainqueur. Mais le projet ne fut pas réalisé. Le malheur avait frappé à la porte de l'hôtel de Ruffey.
Le 9 septembre 1789, au moment où la gloire commençait pour celui qui avait détruit sa vie et dont les discours enflammés allaient renverser l'ordre des choses dont vivaient les siens, Sophie de Monnier, nous l'avons vu, s'asphyxiait. Quatre ans après, son frère Henri, qui avait 44 ans, président à mortier au parlemnt de Dijon, épouvanté par les menaces de la Révolution, quitta furtivement la ville et se réfugia à Beaune. Reconnu et dénoncé par un sieur Lambert, il fut, en dépit de toute vraisemblance, et sous la pression de Bernard Pioche-Fer, déclaré coupable d'avoir émigré et condamné à mort. L'exécution eut lieu le 21 germinal an II (10 avril 1794) à midi, sur la place du Morimont.
L'infortuné, pour aller au supplice, passa, dit la tradition, devant l'hôtel où demeurait encore son vieux père. Sa femme, Marie-Charlotte Hocquart, agée de 37 ans, était à l'hôtel de Ruffey prêt à se mettre à table, lorsqu'elle entendit la rumeur de la foule. Courant à la fenêtre du pavillon sud, près de la rue du Chaignot, elle  s'avança sur le balcon, et vit cet épouvantable spectacle : son mari marchant à la mort.
A l'instant sa raison sombra, ses cheveux blanchirent. Incarcérée elle-même au couvent du Bon Pasteur converti en prison, en même temps que sa belle -soeur, elle devint par la bizarrerie de ses allures, fort incommode pour les dames qui partageaient son infortune ; on songea à la faire déclarer atteinte de folie et à obtenir son élargissement ; cependant le conseil général de la commune s'y opposa sous le prétexte qu'elle n'était pas folle mais seulement méchante et que d'ailleurs si on l'élargissait tous les aristocrates pour quelques extravagences, tous seraient bientôt fous ; on se contenta de la transférer aux Visitandines.
Après la Terreur arriva la délivrance. Marie Hocquart vécut dans un isolement complet. L'image de son mari était toujours devant elle. Le couvert du défunt demeurait placé en face du dien pendant les repas, et elle vécut ainsi dans la tristesse jusqu'à sa mort qui survint le 27 septembre 1835. Elle avait alors 78 ans.
Son fils servit pendant la Restauration dans la garde royale et brisa sa carrière à l'avènement de Louis Philippe.

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Vendredi 07 Mars 2008Poster un commentaire
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